Chloé Henry, « Hyca »

À Strasbourg, les plantes sont au cœur de chacune des créations de Hyca. Distillées, infusées ou macérées, elles révèlent toute la richesse de leurs arômes dans des boissons et des spiritueux élaborés avec une exigence de naturalité. À la tête de cette entreprise, Chloé Henry poursuit aujourd’hui sa formation à l’ARH-IFH, animée par le désir d’approfondir sa connaissance des plantes et de mieux intégrer les plantes à sa pratique quotidienne. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, sa reconversion, sa vision d’une liquoristerie plus authentique et la place grandissante que l’herboristerie occupe dans son activité comme dans son engagement.

Bonjour Chloé, pouvez-vous nous présenter votre société Hyca ?

Chloé Henry : Oui, bien sûr. Chez Hyca, nous produisons des boissons à base de plantes. Nous sommes installés à Strasbourg et nous travaillons différentes méthodes d’extraction des arômes : nous distillons, faisons macérer ou infusons les plantes selon les recettes. Notre objectif est de créer des boissons les plus naturelles possible et de faire découvrir au plus grand nombre la richesse des plantes aromatiques à travers nos créations.

Nous proposons une gamme de boissons sans alcool élaborées à partir de distillats de plantes, que nous mettons en bouteille avant de les gazéifier. Ces eaux botaniques sont parfaitement sans sucre. Nous avons également développé une gamme de limonades, elles aussi exclusivement à base de plantes françaises, destinée à un public plus large. L’idée est de faire découvrir les plantes aromatiques aux plus jeunes à travers des boissons simples, gourmandes naturelles et très peu sucrées.

Nous développons également toute une gamme de liqueurs et de spiritueux aux plantes. L’idée est de s’inspirer de certaines références de l’industrie tout en les élaborant de la manière la plus naturelle possible. Les plantes sont travaillées à la fois pour leurs arômes et pour leurs couleurs. Nous n’utilisons ni arômes artificiels, ni colorants, ni aucun autre additif : uniquement des plantes.

Les "botaniques" utilisées pour la réalisation de liqueurs.

Avant de créer cette entreprise, dans quel secteur travailliez-vous ?

Avant de créer cette entreprise, j’étais déjà dans le domaine de la boisson. J’avais créé une autre structure, une distillerie ; cela fait une dizaine d’années que je suis dans la boisson. Avant cela, j’ai exercé dans le secteur de l’aéronautique, un domaine sans rapport avec mon activité actuelle.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de changer de voie et de vous lancer dans la création de spiritueux ?

C’est souvent le fruit d’un parcours de vie. Dans mon cas, il a été marqué par des difficultés et des problèmes de santé, qui m’ont amené à vouloir exercer une activité qui me corresponde davantage, plus en accord avec mes valeurs, et qui ait plus de sens pour moi que le secteur de l’aéronautique.

J’ai entrepris un tour de France de différentes distilleries, qu’il s’agisse de distilleries de spiritueux ou de producteurs de plantes aromatiques. C’est aussi à cette période que je me suis passionnée pour les plantes, que j’ai repris une formation et approfondi progressivement mes connaissances.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à envisager une réorientation. Je ne savais pas encore si cela déboucherait sur une véritable reconversion professionnelle, mais c’est à partir de là que je me suis intéressée au monde des boissons. J’ai entrepris un tour de France de différentes distilleries, qu’il s’agisse de distilleries de spiritueux ou de producteurs de plantes aromatiques. C’est aussi à cette période que je me suis passionnée pour les plantes, que j’ai repris une formation et approfondi progressivement mes connaissances. Finalement, cette démarche m’a conduite à une reconversion complète il y a maintenant dix ans.

Atelier "réalisez votre liqueur naturelle".

Et pourquoi des spiritueux bio et naturels ?

Le milieu de l’alcool, c’est encore l’un des seuls domaines où les producteurs ont l’autorisation de ne pas donner la composition. Pour tous les autres produits que l’on trouve dans son assiette, on connaît la composition. Pour les spiritueux, non, il y a encore des dérogations. Chaque année, nous pensons que les lois vont changer, mais non, pour le moment ce n’est pas le cas. Si vous prenez une bouteille de spiritueux, vous n’avez pas la composition.

Nous avons été formés aux spiritueux, et nous avons constaté que, dans la plupart des cas, leur fabrication repose sur une base d’alcool à laquelle on ajoute un arôme et un colorant. De notre côté, nous avions envie de proposer quelque chose de plus naturel.

C’est un domaine encore très opaque, où ce n’est pas du tout dans les normes d’avoir des spiritueux naturels, d’avoir des dépôts par exemple. C’est un milieu très uniformisé, où on aime que les choses soient lisses, qu’il n’y ait pas de variations d’une année sur l’autre. On n’accepte pas encore le millésime. On avait envie de lui apporter un peu plus de naturalité.

Atelier "réalisez votre liqueur naturelle".

Qu’est-ce qui différencie vos produits de ceux qu’on trouve dans le commerce ?

Je ne veux pas du tout dénigrer le travail de mes confrères, il y en a qui font les choses très bien. Mais pour beaucoup, dans les spiritueux industriels, ceux qui sont faits à grande échelle, c’est vrai qu’il y a beaucoup d’arômes artificiels, des colorants, très peu de plantes finalement, aussi parce que le public n’est pas toujours prêt, c’est une question d’éducation.

Dans le domaine des spiritueux, on n’a pas l’habitude de voir apparaître de petits dépôts de plantes, comme on peut en trouver dans certaines bières non filtrées, ni d’observer de légères variations de couleur d’une production à l’autre. Pourtant, c’est tout à fait naturel. Chez nous, nos spiritueux sont élaborés exclusivement à partir de plantes, sans artifices. C’est une démarche qui reste encore assez rare dans ce secteur.

Spiritueux à base de plantes locales.

J’ai remarqué le soin apporté aux étiquettes de vos produits. Pourquoi ce graphisme si élaboré était-il important pour vous ?

Pour nous, c’était une évidence. On déguste aussi avec les yeux. Nos spiritueux sont des produits haut de gamme, qui représentent un certain budget. Comme dans un restaurant gastronomique, l’expérience ne se limite pas au goût : la présentation compte tout autant. Nous avions envie d’offrir une expérience complète, où chaque détail est pensé avec soin, du contenu de la bouteille jusqu’à son habillage.

Nous travaillons également avec des artistes, parce que nous avions envie de leur offrir un espace d’expression. Chaque étiquette est une véritable création. L’idée, c’est que l’œuvre d’art se retrouve à la fois dans le verre… et sur la bouteille.

Notre clientèle est principalement composée de restaurants, de sommeliers et de cavistes, auprès desquels ils présentent et font déguster nos spiritueux.

Quels sont vos principaux outils pour promouvoir la société ?

Nous nous appuyons sur plusieurs leviers. Il y a d’abord notre site internet et les réseaux sociaux, qui sont essentiels pour faire connaître notre univers et nos produits.

Nous avons également des commerciaux. Comme nous sommes installés à Strasbourg, nous sommes particulièrement bien implantés dans le Grand Est, mais ils sillonnent aussi le reste de la France. Notre clientèle est principalement composée de restaurants, de sommeliers et de cavistes, auprès desquels ils présentent et font déguster nos spiritueux.

Hyca souhaite "mettre la nature en bouteille".

Le bouche-à-oreille joue aussi un rôle important. Nous participons régulièrement à des salons et organisons des dégustations ainsi que des animations en magasin. Nos produits sont notamment distribués dans de nombreux magasins bio, en particulier chez Biocoop, où nous faisons découvrir nos spiritueux directement aux consommateurs.

La dégustation est essentielle, car c’est avant tout par le goût que l’on comprend notre démarche et la singularité de nos produits.

À quel moment avez-vous ressenti le besoin de vous former davantage aux plantes ?

Je ne sais pas si j’en avais besoin, mais j’en avais surtout envie. Je travaille les plantes au quotidien et nous avons consacré beaucoup de temps à comprendre les différentes façons d’en extraire les molécules aromatiques. Selon le degré d’alcool utilisé, on n’obtient pas les mêmes composés, donc pas les mêmes arômes.

Il en va de même pour les pigments. Certaines plantes sont mises à macérer dans un alcool d’un degré bien précis afin d’extraire davantage leur couleur que leurs arômes. Nous avons donc mené un important travail de recherche sur les procédés d’extraction, qu’il s’agisse des composés aromatiques ou des propriétés tinctoriales des plantes.

Finalement, ces méthodes permettent également d’extraire leurs propriétés naturelles.

J’avais envie, pour ma culture générale, de savoir quelles étaient les propriétés qui composaient ces plantes, pas seulement pour le côté gustatif, mais aussi pour le côté médicinal. J’en ai moins besoin dans mon activité au quotidien, mais je m’y intéresse depuis que je travaille les plantes, et j’avais envie d’aller plus loin que ce qu’on trouve dans les livres de vulgarisation. J’avais vraiment envie de devenir spécialiste là-dedans, pour ma culture générale.

Chloé & Arnaud sont installés à Strasbourg. (Photo©Pokaa)

L’ARH-IFH […] était la seule formation qui développait vraiment la botanique en grande partie : pendant la première année, on ne fait quasiment que ça, et c’est cela qui m’intéressait beaucoup.

Pourquoi l’ARH-IFH plutôt qu’une autre formation ?

J’ai beaucoup regardé les différentes formations. Ce que j’ai aimé à l’ARH-IFH, c’est qu’il n’y avait pas que le côté médicinal : il y a une grosse partie apportée à la botanique, à la botanique de terrain. J’avais vraiment envie de connaître les plantes, bien sûr pour leurs principes actifs, mais pas seulement. C’était la seule formation qui développait vraiment la botanique en grande partie : pendant la première année, on ne fait quasiment que ça, et c’est cela qui m’intéressait beaucoup.

En quoi les enseignements de la formation ARH-IFH vous ont-ils aidée dans votre activité de création de spiritueux ?

Elle m’a permis de me replonger dans le monde des plantes. Au début, quand on a élaboré nos recettes, qu’on est allés voir les producteurs, qu’on a découvert certaines plantes, on avait vraiment la tête dedans, on a beaucoup travaillé avec des petits producteurs locaux. Puis, une fois l’activité lancée, on l’a un peu moins : on est davantage dans le côté rentabilité. Après quelques années, j’étais contente de remettre un peu la tête dans les plantes, de sortir du côté business pour me recentrer sur quelque chose qui m’intéressait vraiment.

Deuxièmement, on fait beaucoup d’ateliers qui marchent très bien, des journées où les gens viennent découvrir le métier de liquoriste, apprendre à travailler nos boissons en cocktail, etc. J’ai de plus en plus de demandes pour animer des ateliers davantage centrés sur les plantes, mais je ne me sentais pas forcément suffisamment légitime pour les proposer. Cette formation m’a permis de consolider mes connaissances et, surtout, de me rassurer. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus à l’aise pour développer ce type d’ateliers.

Eau botanique : sans sucre & sans alcool - Limonades botaniques : très faiblement sucrées.

Avez-vous découvert des plantes ou des saveurs qui ont changé votre façon de travailler ?

Je n’ai pas découvert de nouvelles plantes ni de nouvelles saveurs, mais plutôt des choses sur lesquelles il fallait être plus vigilante : des plantes avec des principes actifs qui pourraient être toxiques, par exemple. Ce n’est pas forcément des plantes que j’utilisais, mais ça m’a fait réaliser qu’on ne pouvait pas faire n’importe quoi avec n’importe quelle plante.

Vous reprendrez la formation en septembre 2026 pour obtenir votre attestation de compétence. Qu’espérez-vous approfondir ou découvrir d’ici là ?

Bonne question. Je sais que le côté principes actifs est vraiment développé en dernière année, donc ça m’intéresse, c’est le domaine dans lequel je suis le moins à l’aise. J’ai vraiment envie d’aller découvrir ça, de voir comment intégrer ce côté médicinal, plus militant, que je n’ai pas du tout aujourd’hui, parce qu’en liquoristerie, je n’ai pas besoin d’être militante.

L’herboristerie peut aussi avoir une dimension militante, notamment lorsqu’il s’agit de défendre la reconnaissance et la réintroduction du métier d’herboriste. C’est un aspect qui m’intéresse de plus en plus. J’aimerais, à terme, intégrer davantage cette dimension dans notre activité et contribuer, à notre échelle, à faire évoluer les choses.

Aimeriez-vous que vos études à l’ARH soient reconnues sous forme d’un diplôme de l’enseignement supérieur ?

À titre personnel, je n’en ressens pas le besoin aujourd’hui. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que j’avais choisi l’ARH : pour sa dimension militante, davantage que pour la perspective d’obtenir un diplôme. Mais oui, je trouve que ce serait important, pas forcément pour moi, mais pour la société en général : que les gens formés à l’herboristerie puissent exercer leur métier d’herboriste. C’est un volet un peu trop oublié au quotidien.

Merci beaucoup Chloé.

Chloé HENRY
HYCA

Boissons natures – Boissons botaniques

33 rue du Maréchal Lefebvre
67100 Strasbourg

Tél : 06 75 56 12 32

Derniers témoignages

ARH-IFH – 329 route des Faurites – 07240 Chalencon – Tél. : 04 75 60 82 64
Réception téléphonique : lundi-mardi-jeudi : 09h00-12h00 et 13h00-17h00 – vendredi : 09h00-12h00

Vous êtes en situation de handicap ? Contactez-nous au 04 75 60 82 64

Une question ? Contactez-nous !