Un échange structuré entre Ferny Crouvisier et M. Hervé Saulignac, député de l’Ardèche.
Ces derniers mois, un échange s’est engagé entre Ferny Crouvisier, présidente de l’ARH-IFH, et le député Hervé Saulignac. (1re circonscription, groupe Socialistes et apparentés.)
Un échange fructueux, qui s’inscrit dans une dynamique à la fois ancienne et renouvelée : celle de la reconnaissance du métier d’herboriste en France, combat porté par l’ARH depuis 40 ans.
Dans son courrier du 10 mars 2026, M. Saulignac souligne « l’importance historique et actuelle de l’herboristerie en France » et affirme sa volonté d’engager un travail commun « visant à reconnaître officiellement le métier d’herboriste, notamment par la création d’un diplôme ». Cette ouverture politique trouve immédiatement un écho chez Ferny Crouvisier, qui rappelle toutefois, dans sa réponse du 31 mars, le poids d’un passé marqué par les tentatives avortées : « Depuis 1982 […], nous assistons aux échecs des initiatives. » En citant les précédents législatifs et les travaux restés sans suite, Ferny Crouvisier inscrit la démarche actuelle dans une continuité exigeante, tout en posant les bases d’un argument central : la création d’un diplôme ne vise pas à bouleverser les équilibres existants, mais à reconnaître une compétence spécifique, à l’image d’autres professions encadrées sans conflit, comme le diplôme de diététicien.
Cette ligne de défense se déploie pleinement lors de l’interview de Ferny Crouvisier sur RCF-Ardèche le 17 avril 2026, où la présidente de l’ARH-IFH précise la nature même du métier : « L’herboriste […] est un spécialiste de la plante » et « nous ne revendiquons pas les soins ». Elle y décrit surtout une situation paradoxale, où l’usage des plantes se développe en l’absence de cadre structurant : « Ça laisse libre cours au pire et au meilleur. » Entre la vente libre de certaines plantes, l’essor des compléments alimentaires et une demande sociale croissante, « beaucoup de gens voudraient en faire un métier […] un métier qui a du sens » —, l’absence de reconnaissance officielle apparaît comme une zone grise. Les enjeux de sécurité y sont directement liés : « Les plantes ne sont pas du tout anodines » et « tous les ans, il y a des accidents ».
Dans ce contexte, la création d’un diplôme est présentée non comme une revendication corporatiste, mais comme un levier d’encadrement et de clarification, dans une logique de complémentarité assumée avec les autres professions : « Médecins, pharmaciens et herboristes : ce sont trois métiers différents […] qui devraient collaborer. » Les herboristes ne souhaitent pas et de remplaceront jamais les pharmaciens, comme les pharmaciens ne remplaceront jamais les médecins. (Dr. Christine Cieur-Tranquard, pharmacienne, dans la revue « La Phythothérapie Européenne », Nov-Déc. 2018.)
Hervé Saulignac adresse le 23 avril un nouveau courrier qui vient préciser l’état des démarches : M. le député confirme avoir saisi la ministre de la Santé par une question écrite, tout en reconnaissant « n’avoir pas encore reçu de réponse » et que « le milieu médical […] demeure à ce jour plutôt hostile ». Il souligne néanmoins une mobilisation plus large, impliquant plusieurs parlementaires et initiatives récentes, mais comme le disait Joël Labbé, sénateur du Morbihan : « La proposition sur la reconnaissance des herboristes est un sujet qui n’a pas fait consensus. L’influence de l’Ordre des pharmaciens n’y est pas pour rien. » (Revue « Rebelle Santé », Mai 2019)
Ainsi se dessine, au fil de ces échanges, une tension persistante entre une volonté politique émergente, des résistances institutionnelles et une réalité de terrain déjà bien installée.
Au cœur de cette dynamique, une évidence s’impose progressivement : la pratique existe, la formation existe, la demande existe, reste à savoir si le cadre juridique saura, cette fois, en prendre acte.