Interview Myriam Brisseau
Ferme du Ménéhy

Myriam Brisseau et son mari tiennent un poney-club à Saint-Vincent-sur-Oust, dans le Morbihan. Après sa formation à l’ARH, Myriam développe des activités pédagogiques autour des plantes. Elle a répondu à nos questions.

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ARH : Quelle formation avez-vous suivi initialement, et quelle était votre activité professionnelle ?

Myriam Brisseau : J’ai une formation de Conseillère en Économie Sociale et Familiale. J’ai travaillé dans l’enseignement pendant 14 ans dans le réseau des MFR (Maison Familiale et Rurale) d’abord dans le domaine du service aux personnes puis dans celui de l’agriculture. C’est dans ce cadre que j’ai suivi la formation de monitrice en MFR. J’ai également été animatrice BAFA et depuis 2011 je suis également intervenante professionnelle en médiation par l’animal. Lorsque j’ai rencontré mon mari, il était exploitant agricole, bien qu’il ne soit pas issu du milieu agricole. Il avait un élevage de lapins angora pour la laine. En 1992, il a laissé la production laine. Nous avons mis en place une ferme équestre ainsi qu’un camping à la ferme.

ARH : Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux plantes ?

MB : En fait, j’ai toujours été intéressée par les plantes. Une association du secteur « La fée du sureau » propose des sorties botaniques ; j’y suis allée une première fois en 2007. Sur un chemin de 200 m, l’animatrice nous a dit tellement de choses intéressantes ! J’étais impressionnée. J’ai continué à participer aux sorties et à des cours mensuels. J’avais envie de plus, je voulais approfondir le sujet. D’où l’idée de me former sérieusement.

ARH : Quelle est votre activité aujourd’hui ?

MB : Nous avons créé un gîte ”Rando Accueil” sur la ferme, puis j’ai quitté mon travail en MFR en 2000. Comme j’ai toujours été intéressée par la pédagogie, en 2003 j’ai mis en place une ferme pédagogique avec ”Bienvenue à la ferme”. Après l’ouverture d’un poney club avec enseignement avec jusqu’à 40 chevaux et poneys, nous avons réduit l’activité équestre. Nous n’avons plus que 11 poneys et proposons des activités découverte pour les enfants de 2 ans et demi à 10 ans. Nous recevons beaucoup d’enfants de centres de loisirs et de colonies. Nous leurs proposons des activités autour des poneys, toujours avec une première approche pédagogique en douceur, pour les mettre en confiance, puis nous abordons l’équitation. Nous avons développé l’aspect hébergement avec le gîte (24 places) et l’agrandissement du camping à la ferme pour groupes (colonies, centres de loisirs, avec un agrément pour 4 groupes soit 70 personnes). Nous accueillons des groupes de passage ou en séjour, avec ou sans activités. Nous avons plusieurs agréments : Jeunesse et Sport, Éducation Nationale, Rando Accueil, Bienvenue à la Ferme.

ARH : Quand avez-vous suivi la formation ARH ?

MB : J’ai fait l’ARH entre 2011 et 2013 (promotion Cosmos Sulfureux). J’avais choisi cette formation car elle était en partie par correspondance. D’autres avaient lieu les weekends, mais avec notre travail d’accueil sur la ferme, c’était impossible de me libérer. J’ai choisi l’ARH pour sa formule avec regroupement élèves- professeurs en début et milieu de formation et pour le stage de 70 heures proposé en milieu professionnel. J’ai effectué mon stage chez une ancienne élève de l’ARH, Isabelle Chaillou, et son mari. Ils sont producteurs bio, ils commercialisent sous forme de tisanes et Isabelle assure des ateliers de formation. C’est lors du stage chez eux que j’ai fait mon premier atelier pédagogique sur les plantes. A l’occasion des «petits déj’ bio», Isabelle m’a proposé de faire une animation enfants sur les plantes, et j’avais quartier libre. J’ai donc mis en place un jeu sur les menthes avec des activités d’observation au jardin de différentes variétés de menthe (verte, poivrée, bergamote), de description des plantes, de comparaison : fraîches, sèches, en mélange de tisane, préparées (tisane, sirop)… en mettant tous nos sens en éveil (goût, odorat, toucher…).

« On a des ressources locales, naturelles, à portée de main sans avoir besoin de faire venir de Chine… »

J’ai orienté donc mon rapport de stage sur les aspects pédagogiques. Depuis, j’ai fait plusieurs animations pour les centres aérés dans le cadre du Plan National de l’Alimentation avec l’association «Bienvenue à la ferme» ou même de la fête de la Nature dans un jardin solidaire. Mais ce n’est que le début, il y a plein de choses à développer. Je veux montrer qu’on peut faire chez soi des choses simples, on a des ressources locales, naturelles, à portée de main sans avoir besoin de faire venir de Chine…

ARH : Que vous a apporté la formation à l’ARH ?

MB : Au départ, j’ai suivi l’ARH dans un intérêt personnel, en me disant que j’en ferai quelque chose avec la ferme pédagogique, sans trop savoir quoi. Les connaissances acquises à l’ARH me sont très utiles pour les ateliers que je développe. De plus, il y a de tout dans le milieu, c’est une garantie pour moi de pouvoir dire que j’ai suivi une formation sérieuse. Ce fut également très riche en rencontres, que ce soit avec les élèves, les professeurs et professionnels qui participent à la formation, tous des gens passionnés par les plantes par des aspects différents les uns des autres. Pour certains ça peut être la production, pour d’autres le dessin botanique, l’animation d’ateliers de cuisine sauvage, la production d’hydrolats, d’huiles essentielles, etc…. Des liens se sont créés, des relations se poursuivent.

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ARH : Souhaitez-vous développer ces activités ?

MB : Oui, je pense proposer par exemple des ateliers sur le thème des tisanes du jardin à un office de tourisme pour la saison prochaine. Cela plait, les centres aérés sont également intéressés et c’est un succès auprès des parents. L’animatrice régionale de l’association « Bienvenue à la ferme » m’a également proposé d’organiser un atelier pour former des agriculteurs et agricultrices qui accueillent des enfants, à ce type d’animation. Pour cela, j’ai, entre autres, mis au point un séchoir modèle réduit pour mes animations : ainsi je peux montrer ce qu’on fait des plantes cueillies. Les plantes séchées intéressent beaucoup les gens ; je prépare des tisanes que je fais goûter. Les gens sont parfois surpris des goûts variés et prononcés de plantes du jardin qui n’ont rien à voir avec les « jus de chaussette » vendus en grande surface. Ça fait découvrir ce qu’est une bonne tisane aux personnes qui ont des a priori. C’est très efficace ! Je suis également surprise de constater que certains enfants ont des connaissances sur le sujet, qu’ils ont apprises de leurs grands-parents parfois. Suite aux ateliers, ils en reparlent avec leurs parents.
Je n’ai pas de difficulté particulière à mettre en place ce genre d’activité, nous sommes en lien avec des centres de loisirs, les gens nous connaissent. Lorsqu’on propose quelque chose, ils nous font confiance. Ce type d’activité peut surprendre, mais il suffit de bien expliquer ce qu’on fait et on a un bon accueil.

« Je me fais plaisir en travaillant, et à mon rythme. »

Je n’en ai pas besoin en termes de travail supplémentaire, c’est par passion que je développe ces activités autour des plantes. Je peux le faire car je suis à mon compte, c’est un grand avantage. J’ai toujours aimé imaginer des jeux, des activités pédagogiques pour les enfants. Jusque là, je le faisais sur le thème des poneys, maintenant je les oriente aussi sur le thème des plantes médicinales, aromatiques. D’une pierre deux coups, je me fais plaisir en travaillant, et à mon rythme.

ARH : Pensez-vous que les activités professionnelles autour des plantes ont de l’avenir ?

MB : Oui, des jeunes s’installent comme producteurs de plantes dans la région, et ça marche, il y a de la place. Les magasins bio et les épiceries sont preneurs de ces produits locaux, il y a une demande des clients pour des produits locaux. Comme activité unique, il semble difficile d’en vivre. Dans ce que je vois, c’est lié à une activité complémentaire, d’accueil par exemple, ou même d’un café-librairie. Une personne qui s’installe peut donner une orientation à son travail en fonction de ses goûts, c’est très intéressant même si cela demande beaucoup d’énergie au démarrage. En pédagogie, j’ai aussi une forte demande d’adultes sur le « faire soi-même ». Il y a un nouveau regard sur les plantes. On le voit autour de nous, le public est de plus en plus sensible à ce genre d’initiative, des activités peuvent être créées dans ce domaine, il faut oser se lancer !

Myriam BRISSEAU
Ferme du Ménéhy
Saint Vincent sur Oust (56)
Site internet : http://fermemenehy.wordpress.com/

Jean-Pierre, humanitaire et plantes médicinales Nadine, plantes médicinales contemporaines et médiévales
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