Luc Bernard, l”Herbier du Devoluy”


Paysan-cueilleur, trufficulteur, accompagnateur en montagne, Luc Bernard s’est installé sur les terres familiales dans le magnifique massif du Dévoluy, dans les Hautes-Alpes. Producteur de génépi, d’edelweiss ou de lavande, il organise également des stages de découverte autour de la cueillette, de l’identification des plantes alpines.

 

Identification de plantes sauvages lors d’une sortie “herboristerie pratique” dans le Dévoluy.

ARH : Luc, comment vous êtes-vous intéressé aux plantes ?

Luc Bernard : Je me suis intéressé aux plantes assez jeune en fait, parce que je suis d’origine paysanne, je passais mes vacances à la ferme de mes grands-parents et ma grand-mère utilisait pas mal de plantes, en fait les plantes du tour de la ferme, donc pour la cuisine, des rosettes basales, des choses comme ça, pour donner aux bêtes aussi, donc j’ai été intéressé par les plantes assez jeune.
Après, j’ai eu une vie professionnelle qui m’a écarté du domaine des plantes, et puis vers la crise de la quarantaine, j’y suis retourné, je m’y suis engouffré, carrément.

ARH : Du coup, ce qui vous a amené à créer « l’Herbier du Devoluy », c’est un peu un retour aux origines ?

Luc Bernard: En fait, c’est un concours de circonstances, parce qu’au décès de mes grands-parents, la ferme s’est trouvée fermée, il n’y avait plus de repreneur. Moi j’aspirais vraiment à changer de vie et à retourner plus au côté « nature », donc j’ai quitté mon boulot et j’ai repris la ferme. Mes grands-parents étaient en polyculture et élevage, assez autonomes, avec un peu de bêtes et un peu de jardin, un peu de cultures. Quand j’ai repris la ferme, j’ai arrêté bien sûr complètement l’élevage, et je me suis orienté de suite vers la cueillette et la culture des plantes médicinales.

Le champ de lavande fine de montagne au pied de l’Obiou dans le Dévoluy… un hectare de culture de population pour huile essentielle et hydrolat.

ARH : Et la formation ARH, elle est venue assez rapidement ?

Luc Bernard : Elle est venue dans un deuxième temps, car d’abord, j’ai repris la ferme, donc j’ai passé un BPREA pour devenir chef d’exploitation, parce que j’ai pris aussi une quinzaine d’hectares avec la ferme, et tout était à faire en fait. Les terres qui étaient fauchées pour donner aux bêtes. J’ai fait des UCARES à Nyons sur les plantes, parce que c’est ce qui m’intéressait vraiment, et dans un deuxième temps, j’ai fait l’ARH, pour bien sûr acquérir des connaissances au niveau du végétal.

“Dès le début je me suis orienté vers des plantes alpines ; j’avais des terrains qui étaient assez hauts en altitude, jusqu’à 2000 mètres, et donc j’ai commencé à planter du génépi…”

ARH : La formation à l’ARH vous a-t-elle aidé à concrétiser votre projet ?

Luc Bernard : Complètement, vraiment. Parce que c’était une formation par correspondance : je menais de front l’ARH et aussi un brevet d’accompagnateur en montagne : j’avais bien réalisé que me lancer comme ça à 40 ans dans les plantes ce n’était peut-être pas viable et qu’il fallait que j’associe ça avec une autre activité, surtout au moment de l’hiver, parce que l’hiver à la montagne est assez long, ça dure presque 6 mois ici, on est à 1400 mètres sur la ferme.

Cueillette des brins de Génépi sur une parcelle à 1800 mètres.

Donc j’ai passé un brevet d’accompagnateur en montagne pour avoir une activité hivernale et tout le reste de l’année je travaillais sur les plantes, avec la cueillette. Dès le début je me suis orienté vers des plantes alpines ; j’avais des terrains qui étaient assez hauts en altitude, jusqu’à 2000 mètres, et donc j’ai commencé à planter du génépi, pour la liquoristerie, parce que c’était un revenu un peu sûr pour mon activité, j’ai donc fait une grosse culture de génépi. J’avais des débouchés au niveau de la liquoristerie, puis en vente directe aussi. À-côté j’ai planté de l’edelweiss, je ne savais pas trop pourquoi au tout début, je me suis dit que je vendrais cela en souvenirs, aux touristes, et puis finalement il s’est avéré que j’ai eu pas mal de demandes au niveau de la cosmétique, donc j’ai continué, et je continue toujours à cultiver de l’edelweiss.
J’ai ensuite mis en place une culture de lavande de population, d’un hectare, c’était pour distiller et faire un peu d’huiles essentielles et d’hydrolats, et ensuite, après l’ARH, quand j’avais acquis un peu de connaissances au niveau des plantes, j’ai repéré tout ce qui était intéressant dans mon secteur autour de chez moi et j’ai commencé à cueillir.

ARH : Sur le terrain même, dans les Alpes, vous avez dû quand même apprendre beaucoup de choses tout seul ?

Luc Bernard : Au moment de mon installation, j’ai fait beaucoup de formations avec les Agri-Bio, toutes ces formations qui sont prises en charge par le VIVEA : des formations avec Thierry Thévenin, avec Gérard Ducerf, avec Éric Petiot, toutes les formations qui étaient proposées aussi bien dans le département des Alpes-de-Haute-Provence que dans le département des Hautes-Alpes par les Agri-Bio, je les ai faites.
Au fil du temps, comme cela, en 2 ou 3 ans, je me suis bien formé, et j’ai découvert aussi les plantes qui étaient intéressantes au niveau de la cueillette, où il y avait des débouchés, au niveau des marchés, des choses comme ça. En parallèle j’ai créé 150 m2 de séchoirs à l’étage de ma ferme et puis voilà, j’ai commencé à travailler comme ça.

ARH : Vous m’avez bien parlé de toutes vos activités. Par rapport à « l’Herbier du Devoluy », avez-vous des choses à ajouter ?

Luc Bernard: « L’Herbier du Devoluy » c’est le nom que j’ai donné au départ à ma petite structure.
Au début je travaillais un petit peu pour des coopératives de plantes, donc je faisais pas mal de cueillettes, de séchage, et je vendais, on va dire « en gros », parce que j’étais tout seul sur l’exploitation, je n’avais pas trop de temps pour faire de la transformation, et puis il y a maintenant 5 ans, ma compagne Tatiana m’a rejoint, et elle a commencé à faire pas mal de transformation. Au jour d’aujourd’hui on a rejoint la structure « Bienvenue à la Ferme » qui nous permet de vendre à la ferme, sur le site, en direct, et on a rejoint également une structure du CIVAM PACA, pour faire de l’accueil social et pédagogique, du coup on fait beaucoup de ventes sur la ferme.

“Mon boulot d’accompagnateur en montagne me permet l’été aussi de proposer des sorties de découverte des plantes sur le terrain. Toutes ces sorties se terminent sur la ferme.”

Mon boulot d’accompagnateur en montagne me permet l’été aussi de proposer des sorties de découverte des plantes sur le terrain. Toutes ces sorties se terminent sur la ferme, et ça nous permet donc de vendre nos produits. Nous animons aussi beaucoup de stages au printemps, des journées « Herboristerie pratique » qui se déroulent en 3 temps : une balade sur le terrain avec identification, utilisation et cueillette, des ateliers de pharmacognosie l’après-midi et un atelier de cuisine sauvage avec notre cueillette en fin de journée, repas que l’on savoure ensemble le soir !
A cela il faut rajouter le travail pour les laboratoires : nous réalisons beaucoup de cueillettes pour la phyto-embryothérapie et pour les alcoolatures, actuellement nous travaillons pour trois laboratoires à échelle humaine, dans des quantités respectueuses de l’environnement.

Cueillette de l’Arnica montana à 2200 mètres.

ARH : Pensez-vous qu’un diplôme, c’est important ?

Luc Bernard : Bien sûr que c’est important. On est dans un petit flou juridique au niveau de la vente. Je ne suis pas naturopathe, Tatiana non plus, donc on fait de la vente de plantes, des mélanges de tisanes, des plantes à liqueur, on fait des pestos, des sirops, un petit peu d’huiles de massage, des macérations huileuses ainsi que des crèmes et des baumes… on n’a pas un gros éventail de plantes : une quarantaine de plantes en cueillette. Les personnes qui viennent à la ferme sont curieuses et posent beaucoup de questions sur les usages thérapeutiques des produits que nous proposons ! il est toujours délicat de répondre… Mais c’est bien complété par mon activité d’accompagnateur en montagne qui me permet d’amener les gens sur site et de leur faire découvrir les plantes dans leur milieu naturel : ils se reconnectent un petit peu avec la Nature, et ça, ça fait un panel d’activités assez important. Tatiana, de son côté, fait aussi des ateliers de pharmacognosie, de cuisine sauvage. On a la chance d’avoir 2 stations de ski, on a beaucoup de touristes, à la fois l’été et l’hiver, et ça nous permet de travailler et de faire découvrir les plantes à un maximum de personnes. Mais le diplôme est incontournable parce que si on a des noms évocateurs sur nos tisanes et autres produits, on reste dans notre domaine de paysans-cueilleurs, et on ne déborde pas trop dans le domaine du conseil, du soin…

Récolte de la sève de bouleau…

ARH : Est-ce que l’on peut vivre de son activité dans le domaine des plantes aujourd’hui ? Est-ce que la solution ne serait pas la diversification ?

Luc Bernard : Pour ma part, la pluriactivité était incontournable. Déjà pour des raisons géographiques, j’ai une ferme comme je l’ai dit, qui est à 1400 mètres d’altitude, un hiver qui est très rude, et je n’envisageais pas de ne travailler qu’avec les plantes. Il me fallait une activité annexe. Quand on est chef d’exploitation, on a le droit d’avoir une deuxième activité, si elle n’est pas supérieure à l’action principale, et ça, c’est une sacrée opportunité.
Pour d’autres, les plantes peuvent suffirent ! l’engouement du grand public pour des méthodes naturelles, holistiques, en est la meilleure des preuves !

L’Herbier du Devoluy
Stages de formation à la cueillette et à l’herboristerie :

jeudi 21 mai au vendredi 22 mai 2020
Balades, identification, cueillette et transformation.
Visite des cultures de plantes alpines.
Sur la ferme : visite des jardins et des séchoirs…

Autres dates :

week-end du 23/24 mai 2020
week-end du 6/7 juin 2020
week-end du 13/14 juin 2020
week-end du 20/21 juin 2020

Plus d’infos ici.

L’Herbier du Dévoluy
Luc Bernard
L’Enclus
05250 Le Dévoluy

06 82 33 47 65
E-mail : herbierdudevoluy@orange.fr
Site internet : L’Herbier du Dévoluy

2 beaux livres au pied du sapin Protégé : Laetitia Hespel, cueilleuse de bien-être
2 beaux livres au pied du sapin
Protégé : Laetitia Hespel, cueilleuse de bien-être